Trois questions avant de regarder une seule borne
Le chiffre mis en avant sur une borne, 7,4 kW ou 22 kW par exemple, est une puissance maximale. Votre voiture n’en profitera que si deux autres maillons suivent : l’alimentation de votre logement et le chargeur du véhicule. En courant alternatif, celui d’une borne domestique, c’est le convertisseur du véhicule qui transforme le courant pour la batterie, et la puissance reçue reste plafonnée par la puissance de recharge maximale du véhicule. Un fabricant de bornes le résume d’une image : le maillon le plus faible de la chaîne fixe la vitesse.
Votre dossier répond donc à trois questions : que peut fournir le logement, qu’accepte le véhicule, et quand est-il garé ? Avec ces réponses, la discussion avec l’installateur change de nature. Vous ne demandez plus « quelle borne acheter ? » : vous montrez votre situation et vous comparez des propositions faites pour elle. C’est, à notre avis, le temps le mieux investi de tout le projet.
Ce que ce dossier ne fait pas : choisir une protection, une ligne d’alimentation ou un mode de pose. Ce travail appartient au professionnel qui examinera l’installation. Vous n’avez rien à ouvrir ni à démonter ; vous rassemblez des documents et des observations, et vous laissez une case vide plutôt que de la deviner.
Côté logement : abonnement, phases et tableau électrique
Commencez par la puissance souscrite, exprimée en kVA. Le médiateur national de l’énergie la définit comme la quantité maximale d’électricité que vos équipements peuvent utiliser en même temps, selon l’abonnement souscrit (6 kVA, 9 kVA…). Elle figure dans les documents de votre contrat d’électricité : recopiez-la telle quelle, avec la date du document.
Ajoutez la puissance maximale réellement atteinte. Avec un compteur Linky, le médiateur indique qu’on peut la retrouver grâce aux boutons du compteur ou dans son espace Enedis, sur l’année ou pendant l’hiver. Ce relevé raconte vos pointes de consommation et aide l’installateur à juger la marge disponible aux heures où la voiture se rechargera. Bon à savoir : le choix par paliers (3, 6, 9, 12 kVA…) a laissé place, chez certains fournisseurs, à des contrats ajustables au kVA près.
Relevez ensuite le type d’alimentation. Un fabricant de bornes rappelle qu’un compteur indiquant 220/230 V correspond à une seule connexion monophasée ; en cas de doute, interrogez votre fournisseur ou laissez la case « à confirmer ». L’information pèse lourd : d’après la FAQ technique de Schneider Electric, une recharge à 11 ou 22 kW ne peut être délivrée que par une borne raccordée à un réseau triphasé.
Terminez par le tableau et le trajet. Photographiez le tableau électrique tel qu’il se présente, porte du coffret ouverte mais sans démonter le moindre capot, notez son emplacement et décrivez le chemin jusqu’à la place de stationnement : murs, garage, cour ou allée à traverser, avec une distance estimée. Indiquez aussi ce que vous savez de la prise de terre : le médiateur précise qu’il faut en disposer, et que l’électricien commence par un diagnostic de l’installation pour en vérifier la conformité.
Côté véhicule : la puissance acceptée, les phases et la prise
La documentation du constructeur (notice, fiche technique, rubrique recharge du site de la marque) est la seule référence valable pour votre voiture. Cherchez la puissance de recharge maximale en courant alternatif, en kW, et le nombre de phases utilisées. Un fabricant de bornes explique que chaque véhicule électrique possède un nombre déterminé de phases de charge, comme chaque borne : une voiture monophasée branchée sur une borne triphasée se recharge sur une seule phase. Il signale aussi que certains véhicules chargent sur deux phases, alors qu’il n’existe pas de borne biphasée : un cas à mentionner explicitement à l’installateur.
Ne confondez pas cette valeur avec la puissance de recharge rapide en courant continu souvent mise en avant. Avere-France rappelle que les bornes en courant continu ne peuvent pas être installées chez les particuliers : pour votre dossier, seule compte la recharge en courant alternatif. Notez aussi la version exacte du véhicule, son année et ses options, car une documentation se lit pour un véhicule précis, pas pour un nom de gamme.
Côté prise, Avere-France présente le Type 2 comme le standard unique européen de la recharge en courant alternatif. Vérifiez néanmoins la prise de votre véhicule dans sa documentation et notez-la telle qu’elle y figure. Regardez enfin les réglages : la FAQ de Schneider Electric rappelle qu’on peut brider la recharge en courant alternatif depuis le véhicule ou l’application du constructeur, qu’une limite exprimée en pourcentage peut arrêter la recharge à 80 % ou 90 %, et que le véhicule réduit volontairement la puissance sur les derniers pourcents. Selon cette FAQ, un réglage oublié figure parmi les causes possibles d’une recharge plus lente que prévu.
Le tableau ci-dessous reprend les correspondances publiées par ce fabricant pour ses bornes. Elles décrivent la borne et son alimentation, pas votre voiture : la dernière colonne indique la question à poser à la documentation du véhicule.
| Puissance maximale de la borne | Alimentation | Courant maximal | Question à poser à la documentation du véhicule |
|---|---|---|---|
| 3,7 kW | Monophasé | 16 A | Quelle puissance accepte-t-il en courant alternatif ? |
| 7,4 kW | Monophasé | 32 A | Quelle est sa puissance maximale sur une phase ? |
| 11 kW | Triphasé | 16 A par phase | Charge-t-il sur trois phases, et jusqu’à quelle puissance ? |
| 22 kW | Triphasé | 32 A par phase | Sa documentation annonce-t-elle 22 kW en courant alternatif ? |

Les créneaux : quand la voiture est-elle vraiment branchée ?
Voici la partie la plus agréable du dossier, parce qu’elle remet les chiffres à leur échelle. Notez, jour par jour, l’heure habituelle d’arrivée et de départ, puis la distance parcourue. Distinguez la semaine type, le week-end et les journées exceptionnelles, comme la veille d’un long trajet. C’est cette fenêtre de stationnement, bien plus que la puissance maximale affichée, qui dit si la recharge trouvera sa place dans votre rythme.
Transformez ensuite les kilomètres en énergie, avec la consommation indiquée par la documentation du véhicule ou observée sur son ordinateur de bord. À titre d’ordre de grandeur, le médiateur national de l’énergie cite une étude de l’ADEME selon laquelle un véhicule électrique consomme en moyenne 18 kWh pour 100 km, et estime qu’un usage de 40 à 60 km par jour représente une recharge quotidienne à domicile de 6 à 12 kWh.
Un calcul pédagogique aide à situer les choses. Une énergie en kWh divisée par une puissance en kW donne une durée en heures : 7,2 kWh, soit 40 km à 18 kWh/100 km, représentent environ 1 heure à 7,4 kW et environ 2 heures à 3,7 kW. C’est un minimum théorique, pas une durée promise : le véhicule, le câble, un réglage ou le délestage peuvent limiter la puissance réellement absorbée. Mais rapporté à une nuit passée devant chez soi, l’écart donne, à notre avis, beaucoup d’air au projet.
Notez enfin l’option tarifaire de votre contrat et ses horaires. Les options classiques, Base et Heures pleines / Heures creuses, restent disponibles ; certaines offres placent leurs heures creuses uniquement le week-end ou en pleine nuit, et le médiateur signale des offres comportant des plages horaires où l’électricité coûte moins cher. Dites simplement à l’installateur si vous souhaitez que la recharge se fasse dans une plage précise : il vous indiquera comment la borne, le véhicule ou les deux peuvent s’y prêter.
Câble, emplacement et délestage : les détails qui font le confort
Selon le modèle, le câble est attaché à la borne ou se branche sur une prise de type 2 de la borne : la notice le précise, et l’installateur vous dira quelle version convient à votre installation. Dans les deux cas, la longueur compte au quotidien. Mesurez le trajet réel entre l’emplacement envisagé au mur et la trappe de recharge de la voiture, dans le sens où vous vous garez d’habitude et dans l’autre, sans oublier une portière à ouvrir ou un passage à laisser libre.
Un câble a lui aussi ses limites. La FAQ de Schneider Electric rappelle qu’il existe plusieurs calibres de câbles de type 2 : 13 A, 20 A ou 32 A, soit au maximum 3 kW, 4,6 kW ou 7,4 kW en monophasé, et 9 kW, 13,8 kW ou 22 kW en triphasé. Une fiche bien faite le dit clairement : celle d’un câble type 2 / type 2 du même fabricant annonce un usage monophasé, 32 A, 5 m et 7,4 kW au maximum. Dans votre dossier, la longueur du câble se note en mètres, avec la référence et la page du document qui l’indique.
Le délestage, ou gestion dynamique de la charge, est l’option qui rend la cohabitation facile avec le reste de la maison. Selon la même FAQ, il limite la puissance de charge du véhicule pour ne jamais dépasser la limite fixée. Ce fabricant décrit deux façons de le mettre en œuvre : par la sortie d’information du compteur Linky, dont l’activation se demande au fournisseur d’énergie, ou par un module installé au tableau ; pour la première, sa borne et le compteur doivent se trouver à moins de 100 mètres l’un de l’autre. Un autre fabricant présente cette gestion des charges comme le moyen d’éviter les coupures de courant.
Pour aider l’installateur à en juger, listez les appareils puissants susceptibles de fonctionner pendant vos créneaux de recharge : chauffage, production d’eau chaude, plaques de cuisson, four, lave-linge. Inutile d’inventer leur puissance : leur nom, leur emplacement et leurs horaires suffisent pour ouvrir la discussion. Dans le dossier, la ligne « délestage » se remplit par oui, non ou à confirmer, d’après la notice de la borne proposée.
Remettre le dossier au bon interlocuteur
En France, la pose relève d’un cadre précis. L’article D. 353-2 du code de l’énergie, en vigueur depuis le 1er juillet 2024, prévoit que les points de recharge pour véhicules électriques sont installés par des professionnels habilités. Il exige en outre une qualification délivrée par un organisme agréé, à l’exclusion des infrastructures d’une puissance totale inférieure ou égale à 3,7 kW installées dans un bâtiment d’habitation privé ou sa dépendance, ou dont la fonction principale n’est pas la recharge, et qui ne sont pas accessibles au public. Votre dossier n’a pas à trancher ce point : présentez-le à un professionnel et demandez-lui dans quel cas se situe votre projet.
Le médiateur national de l’énergie décrit le parcours type : l’électricien certifié IRVE commence par un diagnostic de l’installation, puis procède à la pose. Si une augmentation de puissance est retenue, la demande s’adresse au fournisseur d’électricité en amont, et le médiateur précise que le projet peut éventuellement nécessiter de modifier le branchement ou le raccordement. À notre avis, un dossier complet rend chacune de ces étapes plus fluide.
En logement collectif, la démarche commence ailleurs. Le médiateur rappelle l’existence d’un droit à la prise : une demande écrite, accompagnée d’un projet technique détaillant les travaux, est adressée au syndic, qui dispose de trois mois pour s’y opposer pour un motif légitime ; un locataire passe par son bailleur. Les éléments de votre dossier qui concernent la place de stationnement nourriront ce projet technique.
Pour finir, rangez chaque information dans l’une de trois colonnes : confirmée par un document, observée par vous, à confirmer par l’installateur. Envoyez le même dossier à chaque professionnel consulté : vous comparerez des propositions bâties sur les mêmes données, et c’est là que le choix d’une borne devient vraiment simple, et même plaisant.
À garder sous la main
FAQ
Une borne de 22 kW rechargera-t-elle forcément plus vite ?
Non. Une recharge à 22 kW suppose une alimentation triphasée, une borne et un câble prévus pour cette puissance, et un véhicule qui l’accepte en courant alternatif. La puissance reçue reste plafonnée par la puissance de recharge maximale du véhicule : c’est sa documentation qu’il faut lire en premier.
Faut-il augmenter la puissance de mon abonnement ?
Ce guide ne peut pas le dire à votre place : la réponse dépend de vos pointes de consommation, de vos créneaux et de la borne proposée, notamment de sa gestion du délestage. Si une augmentation est retenue, le médiateur national de l’énergie indique que la demande s’adresse au fournisseur d’électricité en amont de l’installation.
Puis-je poser la borne moi-même ?
En France, l’article D. 353-2 du code de l’énergie prévoit que les points de recharge sont installés par des professionnels habilités, avec une qualification délivrée par un organisme agréé hors des exclusions qu’il prévoit, dont certaines infrastructures privées de 3,7 kW au plus. Ce guide prépare la décision ; il ne décrit volontairement aucune opération de pose.
J’habite en copropriété : le dossier sert-il encore ?
Oui, et deux fois. Il nourrit le projet technique joint à la demande écrite adressée au syndic au titre du droit à la prise, puis il sert de base à l’installateur.
Sources et repères
- Légifrance — Code de l’énergie, article D353-2 (version en vigueur depuis le 1er juillet 2024)
- Énergie-Info — Je fais installer une borne de recharge pour un véhicule électrique
- Énergie-Info — Puissance souscrite (glossaire)
- Énergie-Info — Qu’est-ce qu’une offre d’électricité « Linky » ?
- Énergie-environnement — Il ne faut pas confondre « watt » et « kilowattheure »
- Je roule en électrique — Les types de bornes
- Je roule en électrique — Les différentes prises pour recharger sa voiture électrique
- Schneider Electric — Pourquoi mon véhicule ne charge pas à la puissance maximale fournie par la borne de recharge ?
- Schneider Electric — Comment délester une borne de recharge Schneider Charge ?
- Schneider Electric — Fiche EVP1CNS32122, câble de charge monophasé type 2 / type 2, 32 A, 5 m
- Schneider Electric — Fiche EVB3S22NCB, borne EVlink Pro AC 22 kW, câble attaché T2
- go-e — Wallbox monophasée ou triphasée : quelle différence ?

